Les youtubeurs… ou pas

Un bon webmarketeur se doit d’avoir une bonne culture web.
J’ai vu bon nombre de collègues qui utilisaient  Youtube  uniquement pour regarder des trailers de blockbusters pourris, écouter le dernier clip de  Robin Thicke ou, pire encore, regarder Cyprien. Donc je me suis dit que je devrais déterrer mon blog pour en parler.

Cyprien Squeezie : l'enferUn avant-goût de l’enfer en image pour lancer cet article

« youtubeurs » ?

D’abord, je n’aime pas parler de « youtubeur », expression à la mode reprise par les médias et une partie des vidéastes eux-mêmes. Pourtant, le succès des podcasteurs n’est pas confiné à youtube et certains noms – comme Usul, Karim Debbache ou François Descraques – doivent + à Dailymotion qu’à Youtube. D’autres viennent encore de leur blog (Axolot), d’Instagram, de Periscope, de Radio Nuit Debout ou que sais-je encore ?

Bon, mais même sans se servir des abonnements et des commentaires, tout le monde connait les vidéastes qui ont du succès sur Youtube et génèrent minimum 1 ou 2 millions de vues à chaque vidéo : Squeezie, Norman ou encore Natoo. Ou quelques chaînes célèbres : Golden Moustache et Studio Bagel en tête.

Et c’est là que le bât blesse. Pourquoi 90% des vidéastes youtube plus connus font de la merde surfant toujours sur un humour simpliste aussi politique et corrosif qu’un verre d’eau tiède ?

Norman FauxAh si si, c’est vrai ! Pas la  peine d’intervenir chaque fois que tu te sens visé…

Enfants de la télé

Première raison : les youtubeurs sont des produits de la télévision.
Beaucoup reproduisent malgré eux les tares de ce média vertical dévoyé : des contenus courts, divertissants voire abrutissants. Et bien sûr, ces contenus doivent rester concis et ne permettent pas de développer des idées complexes, puisqu’il faut les placer entre 2 publicités.

Noam ChomskyNoam Chomsky, sors de ce corps !

Second point : Bin comme à la télévision, en littérature et quasiment partout : la consommation de masse favorise la médiocrité.
Vous aurez beau adorer les documentaires pointus d’Arte, le cinéma de la nouvelle vague ou la littérature tibétaine : Touche pas à mon poste, Transformers et 50 shades of grey continueront à cartonner beaucoup plus.
La culture n’est pas également répartie. Internet ne fait pas exception. Même si Politikon donne accès facilement aux grands penseurs politiques, que peut-il face à un Norman énumérant les clichés sur les Chtis ou à une vidéo de chatons mignons ?


J’aurais pu vous remettre Norman ou des chatons, mais découvrez plutôt la théorie néolibérale avec Politikon

Et n’y voyez pas snobisme de ma part, je ne renie pas les programmes de divertissement au profit d’un intellectualisme élitiste. Je m’y inclus aussi. Il nous arrive tous de préférer regarder un truc abrutissant alors qu’on a un bon bouquin en cours.

bouillon de cultureJ’ai préféré regardé cette merde de Bouillon de Culture alors que la fin d’Ulysse de James Joyce m’attend… bon ok un peu snob quand même !

La fin de l’amateurisme

Décrire la médiocrité, c’est bien. Expliquer pourquoi le processus va s’intensifier dans une avalanche de caca c’est mieux (métaphore filée vraiment très mal choisie)

Si on prend Usul, bon exemple de vidéaste première génération : il ne s’attendait pas du tout à vivre de ses vidéos. Il faisait partie d’une communauté de passionnés aimant parler de rétrogaming sur Dailymotion, puis a ensuite été embauché par Jeuxvideo.com bien avant de devenir un chroniqueur politique de Médiapart. (en raccourci).


Les fans du Club Dorothée en PLS (expression qu’ils n’utilisent d’ailleurs pas, vieux qu’ils sont)

Aujourd’hui au contraire, Youtube est vu comme une carrière, une fin en soi. Sans tomber dans le cliché critiquant les youtubeurs vendus à la pub… bin il y a de ça.
La chaine est prévue dès le départ dans le but d’être monétisée, la ligne éditoriale sert un objectif clair, celui de réussir à en vivre.
Ce n’est pas seulement le fait des vidéastes aux dents longues et vendus à Webedia. Même de respectables vidéastes comme Nota Bene l’annonçaient clairement à leurs débuts.

webediaCe détournement de Cyanide & Happiness est nul, mais toute critique de Webédia est bonne à prendre

Donc forcément, l’objectif est d’en vivre, et d’en vivre confortablement. Et vas-y que je te porte des t-shirts, que je te place des produits, que je t’ouvre un Tippee avant même d’avoir posté une vidéo. Une apparition télé ? un partenariat avec Crunch ? un one man show ? Tout est bon.

Le lointain rêve des vidéastes libres

Longtemps, les vidéastes ont espéré n’être pas confinés à Youtube et sortir des schémas verticaux classiques grâce à Internet. L’amateurisme est un peu le jardin d’Eden : un paradis perdu où les passionnés étaient quasiment seuls et pouvaient échanger alors que c’était impossible avant.
On retrouve le fameux cycle d’évolution des internautes de Benjamin Bayart et une philosophie un peu anarchiste d’un internet libre qui a pu animer des vidéastes politisés. Ils se voyaient armés pour refuser les vieux schémas.


Et hop, je l’ai replacé une fois de plus !

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Beaucoup se revendiquent de Youtube. D’autres ne le voient que comme un tremplin vers les supports traditionnels. Sans même s’en rendre compte, beaucoup forment une communauté dans le but de l’utiliser comme gagne-pain à coups de pub plus ou moins déguisée.

salon youtubeursUn évènement incroyable ! je suis si triste de l’avoir raté…

Il y avait toutes les armes pour ringardiser définitivement la télé et imposer la conception libre sur internet comme un média majeur… et puis le Capital fait toujours son effet sur les youtubers (mais sur l’ensemble des internets en général) : il faut des sous pour vivre de ses vidéos. Comment résister à l’appât d’un chèque contre un simple placement de produit ?
Dans ma métaphore biblique, le serpent serait plutôt les entreprises, et la pomme serait la notoriété ou l’argent facile qui en découle. Et comme toujours, on croque !

logo appleBonus jeu de mots !

Webmarketeur polyvalent (SEO, SEA, Médias, Emailing, CM...) voulant se prouver qu'on peut faire du marketing digital et garder un esprit critique et politisé.

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