Amazon est-il l’Empire du Mal ?

L’expression « l’empire du mal » a été popularisée par le néolibéral Reagan qui désignait ainsi le bloc soviétique à la grande époque de la guerre froide… Aujourd’hui, il est temps de retourner cette propagande contre l’un de ses enfants : Amazon.

On a tous déjà acheté quelque chose chez ce géant du web, pionnier et 1er de l’e-commerce mondial, aussi incontournable que pratique avec son catalogue allant de A à Z avec le sourire, comme l’indique son logo. Certains de mes 4 lecteurs et demi ont peut-être même un compte Premium pour être livré gratuitement en 24h. Si si ! Toi dans le fond près du radiateur, je t’ai vu.

Explications Logo AmazonHaha, vous ne l’aviez pas vu, hein ?

Même si la plupart des faits sont connus, c’est bien de les lister au même endroit pour vous expliquer pourquoi il faut éviter d’acheter sur ce site de merde !

Amazon il est méchant

Je n’apprends rien à personne, Amazon se fait régulièrement chopper pour le traitement exécrable réservé à ses employés et sa  politique anti-syndicale et anti-grevistes. Quand je dis employés, je parle bien sûr de la main d’œuvre sous-qualifiée réduite à dormir dans des tentes sur place pour faire de la manutention sous une pression dingue et payée au lance-pierres, quand ils ne sont pas virés subitement après humiliation publique dissuasive de toute rébellion chez les exploités déjà en situation précaire.

Conditions travail AmazonCes mauvaises conditions de travail sont souvent pointées du doigt

Mais saviez-vous aussi que, même pour les cols blancs, la firme de Jeff Bezos a carrément institutionnalisé une culture du conflit entre ses équipes ? Pour « booster la créativité », aucune communication interne n’est pratiquée, poussant chaque équipe à bouffer les autres. Fouilles au corps, courses à la productivité… bref dans la lignée des autres boites du web en pire.

Amazon veut tout contrôler

Avenir proche. Imaginez. Votre journée commence par le réveil Amazon® qui sonne, vous lever, demander à Alexa de lancer Radio Amazon®, ou de lire le Washigton Post, récemment renommé Amazon® Herald, avant de s’habiller avec la collection Amazon® Essentials. Vous prenez alors votre Amazon® Car sans chauffeur pour aller travailler dans une des nombreuses filiales d’Amazon®. Le midi, vous flânez sur internet sur votre Amazon® Phone, sans faire attention aux nombreuses publicités ciblées grâce aux données revendues par Amazon®, en attendant de recevoir votre déjeuner avec Amazon® Fresh qui aura récemment racheté Deliveroo.  Plus de café au bureau, un petit coup d’Amazon® Dash pour ne pas subir ça demain matin. Le soir, après avoir fait vos courses au Amazon® Go du coin, vous vous matez Le Maitre du Haut Chateau ou une autre série produite par Amazon®, tout en partageant vos photos persos à vos amis via Amazon® Cloud. L’assistant vocal Amazon® écoutera silencieusement vos ébats nocturnes avec Madame, et par hasard le lendemain, vous aurez droit à quelques publicités ciblées contre l’éjaculation précoce.

Amazon Dash NerfOK, c’est le seul Amazon Dash vraiment tentant.

Et c’est flippant. Déjà tentaculaire, Amazon veut être présent à tous les niveaux de votre vie. S’il faut détruire tous les acteurs locaux pour ça, ce n’est pas un problème. On se souvient du boycott d’Hachette, le plus gros éditeur français, juste pour montrer qui est le patron dans la négo.

Amazon vs HachetteJe crois qu’Hachette a gagné 2% de marge après plusieurs semaines de boycott… gé-ni-al !

Dans cet exemple, Hachette – géant de l’édition sans vergogne en France – a un peu de pouvoir.  Ce n’est pas le cas de tous. Les petits libraires se sont fait bouffer depuis longtemps par le dumping d’Amazon, malgré l’obsolète loi Lang. Les Etats ne résisteront pas forcément longtemps non plus.
Amazon revend de tout grâce à sa place de marché. Mais même les revendeurs, après avoir subi des clauses abusives, finissent par se faire défoncer par leur « partenaire » Amazon. Quand le géant sent que le secteur est porteur, il investit pour vendre en direct, en pleine guerre de prix. Et fuck les partenaires !

Que fera Amazon quand ils seront leader et sans concurrence sur tant de marchés – sachant que l’entreprise est déjà l’un des plus rentable et Jeff Bezos l’homme le plus riche du monde, on n’en est pas loin) Les prix agressifs pour gagner des marchés le resteront-ils toujours quand la plupart des concurrents auront sombré ? Est-il viable de laisser la main-mise à des journaux à des géants industriels et commerciaux mondiaux ?

jeff bezos washington post ciaNon, tu penses bien !

Le Washington Post est d’ailleurs déjà devenu une entreprise en quête de rentabilité plutôt qu’un média avec une mission d’information, les critiques d’Amazon y sont évidemment absentes – au contraire de la propagande anti-Trump.

La philosophie d’Amazon est horrible

Cette philosophie de conquête sans état d’âme symbolise bien Amazon. On sait tous que les GAFAM s’installent dans les paradis fiscaux pour ne quasiment pas payer d’impôts. Même Trump le dit. La redistribution des richesses ne leur parle tellement pas que Jeff Bezos avait demandé de l’aide sur Twitter pour savoir dans quelle association investir ses milliards.

jeff bezos philanthropieJe pense qu’il a décidé d’investir dans une école pour les mutants… on t’a reconnu Professeur Xavier !

Les géants du web ont trouvé des Etats larbins qui refusent d’encaisser des pénalités d’impôts non-payés de plusieurs milliards d’euros, juste pour ne pas faire fuir tout le secteur digital venu s’exiler fiscalement chez eux.
Comme de nombreuses start-ups américaines ayant participé à l’essor du web, Amazon n’est pas contre un peu de transhumanisme incontrôlé, ni contre de la robotisation à outrance. Comme le montrent les tests de livraisons par drone, si Amazon le pouvait, il y aurait un site automatique, géré automatiquement, les livraisons préparées par des robots automatisés et envoyés par des drones automatiques.

transhumanisme AmazonLe transhumanisme c’est bien beau, mais s’ils n’ajoutent pas un pistolet laser, quel est l’intérêt ?

Et ne parlons pas d’écologie (la livraison gratuite à domicile chaque jour pour un paquet de mouchoirs, les serveurs surpuissants nourris par des centrales au charbon, c’est pas très bon m’voyez ?). Ni de surconsommation (recommander des tas de packs et produits similaires pour toujours consommer plus, m’voyez ?). Et non plus de paupérisation de la société (comme WallMart, le dumping, les salaires au rabais en faisant une guerre des prix destructrice des petits commerces, c’est pas idéal pour la société m’voyez ?)

Paris pollution AmazonSans Amazon, c’est sûr, Paris n’aurait plus de problèmes de pollution… ou pas.

La destruction d’emplois, de la planète, des commerces, des lieux de socialisation dans les petites villes, des contacts humains : tout ça n’est pas un de leurs problèmes. Le Capital est amoral. Alors en appeler à l’éthique d’une multinationale serait bien utopique…

Amazon produit des mauvais citoyens

Quand on regarde tout ça, on me dit souvent qu’il suffit que chacun a le droit de ne pas consommer chez Amazon. On est libre-euh !

bébé liberté société de consommationUn bébé avec un libre-arbitre total… mais quelques prédispositions inconscientes

Bon, ça fait fi de tout effet de système. on est libre de quoi quand il n’y a plus de commerce local et que le standard de consommation est partout ? Quand les journaux ne peuvent pas produire de critique trop acerbe de l’un de leur principaux pourvoyeurs de revenus publicitaires ? Pourquoi les choix de consommation individuels seraient encore la solution à un problème public réclamant une action politique ? Dans les faits, tout le monde sait qu’Amazon c’est pourri… et continue à consommer chez eux.

Si quelques irréductibles comme moi continueront un boycott de principe par éthique, c’est peu utile. Le géant américaine prospère tranquilou. Ceux qui ne connaissent rien au web se disent qu’au moins, ce site est connu et que c’est plus sûr d’acheter chez eux. Les réticents craqueront toujours sur un truc introuvable ailleurs que sur Amazon.

mouton consommateurLe mouton consommateur qui… p’tin j’étais vraiment pas inspiré pour les illustrations pour cet article. Ce cliché du bétail à vote/consommer

Et au final, Amazon a déjà réussi. Il y a un vrai troupeau de citoyens consommateurs – au point de faire grimper l’action d’Amazon juste grâce au Black Friday. Ils sont prêts à adopter sa philosophie : consommer sans limite, ne pas prêter attention à l’impact écologique des livraisons à domicile et des serveurs monstrueux demandés par le web, ni à la paupérisation et à la destruction de la vie locale, ni à l’absence d’éthique malgré les nombreux scandales ni à… à rien.
Comme le MacDo, Amazon c’est de la merde. Et en bons citoyens apathiques sans espoir de pouvoir changer quoi que ce soit, on y revient quand même.

merci ReaganUne conclusion pleine d’espoir sponsorisée par Reagan et ses semblables.

Webmarketeur polyvalent (SEO, SEA, Médias, Emailing, CM...) voulant se prouver qu'on peut faire du marketing digital et garder un esprit critique et politisé.

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